Michel Sottet, décembre 2005
Alain Quercia, qui vit et travaille à Grenoble, s’est pendant plusieurs années formé à Rome, dans une école de design. Il a travaillé là-bas sur la mode, le tissu et donc le corps. Les deux se sont mêlés étroitement, à ne plus faire qu’un, corps et tissu, tissu et corps pour donner ces hommes textile, silhouettes placides et inquiétantes, énormes et fragiles, dressées comme des pieux et molles comme de la chair. On les a vus aussi dans sa peinture, en lourdes farandoles, esquisses indécises, fortes de leur présence, nounours attachants ou prédateurs terribles, illustration d’un monde revenu à ses origines ou préfiguration d’un futur généreux.
On commence aussi à percevoir le dessein de l’artiste dans les très grands portraits qu’il brosse de ses amis, portraits réalistes, sans complaisance aucune, fort peu flatteurs et pourtant tellement ressemblants, dans lesquels il apparaît bien que ce sont les parcelles non visibles de l’identité de l’autre qui sont cherchées. Le miroir tendu là, n’appelle pas à une lecture directe, littérale mais suscite une sorte d’hésitation de l’analyse parce qu’à l’évidence, ce qui est montré n’est pas tout sur la toile.
Alain Quercia va plus loin encore dans la représentation qu’il entreprend de lui-même. L’homme textile, l’Alter c’est lui, avec la chair rosée qui apparaît déjà, gentiment symbolique et le clin d’œil qui attire le sourire complice de celui qui regarde. Le sourire se fige un peu cependant lorsque l’artiste modèle son masque posé au bout d’un corps animal, terrible métamorphose, reflet implacable de lui-même, mise en scène fantasmatique dont le sens nous échappe. Pourquoi ce chien si vrai, si vivant, affublé de la tête de l’artiste, énigmatique, impavide, dans cet assemblage contre nature et pourtant naturel, nécessaire ? Autoportrait ironique ? D’autres artistes dans le mouvement Dada ou dans le monde de la B.D ont donné des images semblables. Chez Quercia il ne s’agit pas d’ironie et de l’intrusion dans le fantastique est anecdotique, l’autoportrait nous emporte vers des rivages inconfortables et qui nous terrifient. Quel est donc le mystère de ce miroir-là, de cette représentation qui nous conduit où nous ne voulons pas aller ? La démarche est profonde, inquiétante. Il s’agit d’atteindre l’inatteignable, quelque chose qui relève de l’ontologie, que l’artiste pressent qu’il ne connaît pas et qui dans l’homme n’est ni l’âme ni l’esprit, qui les sublime, voire les supprime ? Dans l’œuvre de Quercia, une approche se fait, par paliers, bientôt il ne restera plus que la représentation de la chair vivante, le grouillement des cellules, la barbaque, la viande dans son existence crue(si l’on peut dire), viande molle, ferme, qui signifie que l’âme, l’esprit ne sont rien, qu’il n’y a que le frémissement organique d’une matière qui ruisselle de vie et bruisse doucement de mouvements imperceptibles, qu’il n’y a que l’activité mystérieuse de cellules amalgamées, qu’une sorte d’Alien qui ne serait plus intérieur au sujet, introduit par une main extérieure mais serait, constituerait l’entièreté du corps recouvert, contenu dans une peau-enveloppe. Quercia tourne autour de l’idée de cette peau-enveloppe qui le fascine. Il ne s’agit plus de se rapprocher de ce qu’après tout la nature aurait pu engendrer et qui a déjà été représenté d’une manière inversée comme le minotaure ou identique comme la sirène ; il s’agit dorénavant pour Quercia d’aller vers une sorte d’autoportrait total, de représenter la matière, sa propre matière, qui est l’être, qui est son être. Il s’agit de montrer, de détailler la peau, le grenu de sa texture, les nuances de sa couleur. La personne, encore présente dans le visage-chien disparaît au profit du sac, du contenant. La peau se présente comme l’entité, l’image d’une totalité qui est son corps, qui est lui tout entier.
Difficile de ne pas frissonner. L’esprit s’est habitué à des images douces, conformes aux apparences lissées des représentations traditionnelles. Une terrible exigence pousse l’artiste à se regarder derrière le miroir et à enquêter encore et encore, toujours plus loin. Jusqu’où ? Le cheminement de l’œuvre s’achèvera-t-il ? La fièvre créatrice de l’artiste ne le permettra sans doute pas.
On commence aussi à percevoir le dessein de l’artiste dans les très grands portraits qu’il brosse de ses amis, portraits réalistes, sans complaisance aucune, fort peu flatteurs et pourtant tellement ressemblants, dans lesquels il apparaît bien que ce sont les parcelles non visibles de l’identité de l’autre qui sont cherchées. Le miroir tendu là, n’appelle pas à une lecture directe, littérale mais suscite une sorte d’hésitation de l’analyse parce qu’à l’évidence, ce qui est montré n’est pas tout sur la toile.
Alain Quercia va plus loin encore dans la représentation qu’il entreprend de lui-même. L’homme textile, l’Alter c’est lui, avec la chair rosée qui apparaît déjà, gentiment symbolique et le clin d’œil qui attire le sourire complice de celui qui regarde. Le sourire se fige un peu cependant lorsque l’artiste modèle son masque posé au bout d’un corps animal, terrible métamorphose, reflet implacable de lui-même, mise en scène fantasmatique dont le sens nous échappe. Pourquoi ce chien si vrai, si vivant, affublé de la tête de l’artiste, énigmatique, impavide, dans cet assemblage contre nature et pourtant naturel, nécessaire ? Autoportrait ironique ? D’autres artistes dans le mouvement Dada ou dans le monde de la B.D ont donné des images semblables. Chez Quercia il ne s’agit pas d’ironie et de l’intrusion dans le fantastique est anecdotique, l’autoportrait nous emporte vers des rivages inconfortables et qui nous terrifient. Quel est donc le mystère de ce miroir-là, de cette représentation qui nous conduit où nous ne voulons pas aller ? La démarche est profonde, inquiétante. Il s’agit d’atteindre l’inatteignable, quelque chose qui relève de l’ontologie, que l’artiste pressent qu’il ne connaît pas et qui dans l’homme n’est ni l’âme ni l’esprit, qui les sublime, voire les supprime ? Dans l’œuvre de Quercia, une approche se fait, par paliers, bientôt il ne restera plus que la représentation de la chair vivante, le grouillement des cellules, la barbaque, la viande dans son existence crue(si l’on peut dire), viande molle, ferme, qui signifie que l’âme, l’esprit ne sont rien, qu’il n’y a que le frémissement organique d’une matière qui ruisselle de vie et bruisse doucement de mouvements imperceptibles, qu’il n’y a que l’activité mystérieuse de cellules amalgamées, qu’une sorte d’Alien qui ne serait plus intérieur au sujet, introduit par une main extérieure mais serait, constituerait l’entièreté du corps recouvert, contenu dans une peau-enveloppe. Quercia tourne autour de l’idée de cette peau-enveloppe qui le fascine. Il ne s’agit plus de se rapprocher de ce qu’après tout la nature aurait pu engendrer et qui a déjà été représenté d’une manière inversée comme le minotaure ou identique comme la sirène ; il s’agit dorénavant pour Quercia d’aller vers une sorte d’autoportrait total, de représenter la matière, sa propre matière, qui est l’être, qui est son être. Il s’agit de montrer, de détailler la peau, le grenu de sa texture, les nuances de sa couleur. La personne, encore présente dans le visage-chien disparaît au profit du sac, du contenant. La peau se présente comme l’entité, l’image d’une totalité qui est son corps, qui est lui tout entier.
Difficile de ne pas frissonner. L’esprit s’est habitué à des images douces, conformes aux apparences lissées des représentations traditionnelles. Une terrible exigence pousse l’artiste à se regarder derrière le miroir et à enquêter encore et encore, toujours plus loin. Jusqu’où ? Le cheminement de l’œuvre s’achèvera-t-il ? La fièvre créatrice de l’artiste ne le permettra sans doute pas.
![[ Sans titre (autoportrait) ] [ Sans titre (autoportrait) ]](http://www.alainquercia.com/oeuvres/photos/hires/sans_titre_autoportrait__812899.jpg)







