Performance élaborée à l’occasion de l’exposition Dans la mesure des peaux-cibles
Galerie Ô Quai des Arts, Vevey ( Suisse ) - Du 14 juillet au 19 août 2006
Résumé
Performance qui s’articule autour de l’élaboration d’une série de six photographies en noir et blanc du corps de l’artiste, sensée mettre à jour la transformation inhérente de la peau conjointement à un travail sur le corps (nutrition et exercices physiques), et de la réalisation d’une sculpture en résine qui anticipe le résultat plastique de ce corps travaillé (dimensions 50 X 50 cm), qui agit alors comme témoin, ancrage singulier et temporel.
Le projet inclut le tirage de ce multiple en résine, à vingt exemplaires.
Concept
Elle « est notre limite, la frontière...entre le reste et nous. A l’extérieur…tout n’est que supposition. A l’intérieur aussi tout n’est qu’hypothèse. Nous n’avons de nous-mêmes qu’une seule certitude, notre peau. Elle nous distingue de l’autre…Elle définit une unité…L’homme sans peau meurt »1. Un chirurgien plastique aborde la peau par de façon technique, mais au quotidien il ne peut oublier sa nature sociale, socialisante pour l’individu. C’est l’un des plus grands organes vitaux, il est complexe, presque davantage dans sa sémantique que dans sa constitution. Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est sa peau dit Paul Valéry. Michel Thévoz2 note que cette « profondeur ne se manifeste jamais si intensément que sur cet épiderme ultrasensible qu’est la toile d’un tableau…la peau prise comme premier support des signes a beau avoir délégué son office à la paroi, au panneau ou à la toile, elle reste sensible comme une sorte d’inconscient corporel de la création artistique ». Pour lui « il n’est de corps que peint, et il n’est de peinture que corporelle »3. Ainsi l’artiste lorsqu’il expose est bien conscient que pour paraphraser Céline « c’est sa propre peau qu’il met sur la table ». J’ajouterai que sans cela il n’y a pas d’œuvre mais des citations.
La peau est pour moi un thème fondamental et récurrent dans ma peinture d’abord puis dans mes sculptures. Cela fait dix ans que j’en recouvre certaines de tissu, ce dernier m’apparaît comme le meilleur succédané de la peau. Aujourd’hui j’ai décidé de faire un travail continu sur ma peau pendant plusieurs mois qui va conditionner la nature des œuvres exposées. Je vais dessiner mon corps à l’aide de la nourriture et d’un travail sur machines. L’idée est de réduire l’épaisseur de mon épiderme, diminuer ainsi l’espace entre l’extérieur et l’intérieur, essayer d’être au plus près des autres, de la réalité. En rapprochant jusqu’à la confondre l’œuvre de mon propre corps, je choisis également de réduire la distance entre la pièce montrée, chargée par les autres, et mon espace intérieur producteur de réalité : je deviens le tenant et l’aboutissant, l’intervalle4 est rempli…Mon corps devient une œuvre ouverte et un miroir "peau-cible" pour les autres. Il me faudra peut-être aller vers un autre et lui demander de me montrer sa peau, mettre nos peaux en regard, en tension, jusqu’où est-il prêt à aller, jusqu’à quelle surface de peau peut-il se découvrir?
Mon but dans six mois est d’avoir une peau transparente, inframince5 pour être au plus près de l’autre, réduire au maximum la membrane entre intérieur et extérieur de l’être et noter chaque événement, chaque sensation particulière, liés à cette progression. Est-ce que cela va modifier ma perception tactile, ma sensibilité, mon travail…?







